actualites

Il semble lointain le temps où comme l’évoquait J. Berque, en pays musulman, « la cité est le lieu de la foi, le lieu de la loi », par opposition au monde rural. Les géographes et les économistes ont depuis très longtemps étudié les rapports « villes – campagnes ». Ce sont eux les premiers qui ont montré que le territoire, national ou régional, évolue pour une grande partie sur la base des rapports entre les deux mondes . Ils ont mis en relief notamment l’aspect dominateur des villes, tout en reconnaissant que si les villes n’avaient pas les campagnes, elles ne pourraient survivre longtemps et, qu’à l’inverse, les campagnes retourneraient vite à leur niveau le plus bas si les villes ne les soutenaient pas. Ahmed Kassab, en 1970 déjà, parlait d’une crise des rapports villes-campagnes en Tunisie fondée selon lui sur l’inefficacité des structures administratives implantées dans les villes et destinées à transformer les campagnes, sur les carences des structures urbaines dans le domaine des services, de la transformation des produits et de l’encadrement et enfin sur le désinvestissement, constaté à l’époque, des citadins dans les campagnes. Habib Attia, pour sa part, relevait en 1989, que la distinction urbain-rural n’était plus opérationnelle puisque la plupart des espaces ruraux sont polarisés et desservis par de petits centres urbains locaux et régionaux, notamment dans la Tunisie littorale. Plus récemment, Amor Belhedi démontre qu’en Tunisie, la faiblesse démographique d’une petite ville est bien souvent compensée par son rôle fonctionnel et qu’elle est donc apte à bien encadrer le monde rural qui l’entoure.

D’une façon succincte, il est possible de résumer ainsi les rapports positifs des villes et campagnes :

 

  1. dans le domaine de la population, la campagne fournit à la ville de gros volumes de migrants définitifs qui deviennent très vite des néo-citadins précédant le stade final de l’accession à la citadinité. Ces migrations sont essentielles : pour la ville, car elles lui fournissent la main d’oeuvre nécessaire au fonctionnement de ses activités et aussi, pour les campagnes, car elles résorbent l’excédent démographique et soulagent les pressions anthropiques sur le milieu naturel, tout en facilitant le développement du monde rural par le réinvestissement des sommes gagnées en ville dans les propriétés agricoles.
  2. d’intenses échanges quotidiens et/ou hebdomadaires, prenant la forme de migrations alternantes, s’établissent entre une ville et son arrière pays rural.
  3. la ville attire un grand nombre de population rurale pour établir des relations commerciales. Les souks hebdomadaires en sont l’illustration la plus spectaculaire. La campagne, en retour, reçoit bon nombre de citadins venus y travailler leur terre (oasis, agriculture périurbaine) ou y vendre des services divers et des produits d’artisanat utilitaire.
  4. des contacts culturels s’établissent par le biais des manifestations urbaines (cinémas, théâtres...) largement médiatisés et partagés par les deux milieux, ce qui conduit à terme à une unification des comportements, des modes de vie et de consommation.
  5. la ville est nourrie par la campagne, avec ses fruits, légumes, céréales, viandes, laitages etc...En échange, la proximité de la ville permet au paysan d’écouler ses productions . Cette proximité est aussi l’occasion pour le paysan d’intensifier son exploitation de la terre grâce aux savoir-faire, aux intrants, à des ressources supplémentaires en eau (provenant des stations d’épuration) et en engrais provenant de la transformation des déchets ménagers urbains, aux finances et crédits disponibles en ville. Cette intensification est souvent imposée au paysan, par l’augmentation du prix des sols dans les environs des villes, pour que son agriculture soit rentable, surtout si le propriétaire de la terre est un citadin.
  6. la ville fait progresser l’agriculture : exigence de produits nouveaux, formation de tous niveaux, recherche, structures d’immatriculation foncière. En retour, toute progression de la productivité rurale s’accompagne inéluctablement d’une croissance de l’urbanisation, induite par celle de la demande en produits urbains et celle de la demande en services amonts et avals générée par l’épanouissement du commerce (national et international) des produits de l’agriculture.
  7. la terre en milieu rural est souvent un placement pour les citadins : les excédents de liquidité en ville sont épongés par des acquisitions de terres agricoles soit pour leur rapport en termes de plus values (avec injection de capitaux et de techniques) , soit en tant que valeur patrimoniale dégageant une rente.

 

Ces rapides considérations sur les rapports villes campagnes présentent un tableau positif sur les avantages respectifs retirés par les deux mondes. Elles montrent notamment le rôle dominant de la ville d’où partent les décisions, les initiatives, les moyens et les idées. La ville exerce un rayonnement. Ce rayonnement est inégal : il dépend des fonctions remplies par la ville, du partage de ces fonctions avec d’autres centres urbains, de la place de la ville dans l’armature urbaine régionale et nationale. Des courants d’échanges de populations, de capitaux, de biens et d’idées existent en outre entre la ville et la campagne. Les modes de vie citadins sont copiés par le monde rural laissant présager une disparition progressive de la ruralité en tant que mode de vie et en tant que rapport à la nature. Cette disparition prendra un temps plus ou moins long selon les régions et leur niveau d’urbanisation mais elle semble inéluctable, alors que par ailleurs, les citadins se réapproprient petit à petit certains attributs de la ruralité à travers la fréquentation des parcs naturels et autres espaces forestiers à des fins de loisirs.
Un autre aspect des relations villes campagnes est à envisager. Il concerne les volets concurrentiels et même conflictuels des rapports entre une ville et sa campagne.

 

  1. La concurrence sur les sols : la ville a un besoin permanent de terrains pour sa croissance spatiale. Sans cette croissance spatiale, génératrice de revenus et d’activités, la croissance économique elle-même est en cause. Toutes les tentatives de croissance intramuros ou de renouvellement de la ville par densification n’ont pas donné les résultats escomptés, même dans les cas à économie dirigée (Chine, Cuba). Ce qui est en question c’est la productivité même de la ville et sa compétitivité, conditionnées toutes deux par la satisfaction des besoins de base de sa population : logement, travail, équipements, circulation etc. Les terrains nécessaires sont trouvés dans les interstices et friches urbaines mais surtout dans les zones agricoles périurbaines, là où la mobilisation des sols pour l’urbanisation est relativement aisée : propriétaires attirés par les coûts élevés des terrains, emprises importantes et d’un seul tenant générées par le foncier agricole. Cette facilité est d’autant plus évidente que les meilleurs terrains agricoles sont également les meilleurs pour l’urbanisation : accessibilité, pentes faibles, exposition, bon substrat. Quoi d’étonnant dans ce cas à ce que les paysans périurbains soient tentés de se transformer en lotisseurs clandestins directement ou par l’intermédiaire d’opérateurs privés. Une nouvelle tendance se fait jour à travers l’appropriation progressive de riches périmètres périurbains par des propriétaires citadins à des fins de résidence permanente du type Jnen, avec toutes les commodités d’une résidence urbaine, tout le charme d’une petite exploitation agricole et l’assurance pour l’acquéreur de faire un bon placement car ces terres deviendront un jour ou l’autre à vocation urbanisable et leur prix décuplera en conséquence. Des centaines d’hectares partent ainsi chaque année et changent de vocation. Les anciens paysans sont souvent recrutés par ces nouveaux propriétaires comme jardiniers, ouvriers agricoles et gardiens. Certaines de ces propriétés sont transformées en pépinières d’agrément, marché très porteur, avec la vogue des jardins privés comme publics. L’espace rural périurbain devient, du moins pour les grandes villes, un attribut de la qualité de vie des citadins, à l’image de la ville de Sfax où ce phénomène a toujours existé. En parallèle, on voit régulièrement surgir en pleine campagne des usines de taille respectable, issues ou non de la loi 72, et qui profitent de facilités para légales pour faire des économies d’investissement tout en portant préjudice à l’activité agricole environnante. Ces deux manifestations préfigurent d’une « rurbanisation » à la Tunisienne dont les impacts ne sont pas encore bien cernés.
  2. La concurrence sur l’eau : la ville consomme énormément d’eau de la meilleure qualité et, même si elle en rejette, les eaux épurées ne sont pas faciles à mobiliser pour les besoins de l’agriculture. Il s’ensuit de véritables goulots et de sévères arbitrages sont souvent nécessaires. La disponibilité de l’eau devient de plus en plus un facteur limitant de l’urbanisation comme de l’agriculture. De nouvelles techniques d’irrigation tendent à économiser la ressource alors que dans les villes, des trains de mesures sont adoptés pour dissuader les usages abusifs. Des unités de dessalement voient le jour et les eaux épurées des stations d’épuration tendent à se substituer, du moins en partie, aux eaux « propres ». Les conflits entre la ville et la campagne fondés sur l’eau concernent aussi les eaux de drainage qui ont en zone urbanisée une composition et des vitesses d’écoulement peu compatibles avec le caractère meuble des terres agricoles : des phénomènes d’érosion surgissent en zone rurale périurbaine liés à ces écoulements intempestifs. Le drainage peut aussi dans certains cas être compromis par des ouvrages urbains (route, canal...) et engendrer des inondations de champs avec des eaux provenant de la ville.
  3. La concurrence sur la main d’oeuvre : l’amélioration des condition de transport dans les hinterlands urbains conjuguée aux aspirations des populations rurales à plus de confort dans leur vie quotidienne les incitent à aller tenter leur chance dans la ville la plus proche et à déserter les travaux agricoles beaucoup plus contraignants et moins rémunérateurs en termes monétaires. Ce transfert, tout à fait légitime du point de vue des populations rurales, présente des aspects négatifs et d’autres positifs. La perte de productivité de l’agriculture favorisée par ces déplacements de main d’oeuvre est souvent compensée par la recherche d’une plus grande intensification de l’exploitation. Mais il arrive tout de même que des récoltes soient retardées ou partiellement compromises par manque de bras dans l’agriculture.

Ces considérations sur les relations entre le monde urbain et le monde rural, telles qu’on peut les vivre en Tunisie, permettent de dresser un tableau général où la ville est indispensable au développement des activités rurales et lui sert de locomotive. A l’inverse, les campagnes entourant les villes sont, aux plans économique et environnemental, d’une importance vitale. Le monde rural est souvent considéré par la ville comme ressource et réserve (de nourriture, de main d’oeuvre et d’emprises foncières).

 

En conséquence, le thème de la journée mondiale gagnerait, dans le cas de notre pays, à être moins unilatéral : villes et monde rural font en effet partie de territoires dont la viabilité et la compétitivité dépendent de la qualité des interactions entre les deux composantes. Il est reconnu au niveau de la recherche que la concurrence économique oppose non plus seulement des entreprises entre elles, mais des binômes entreprises – territoire, dans la mesure où les entreprises (comme les villes) conçoivent leur territoire comme un produit à valoriser et de promouvoir, notamment auprès des investisseurs étrangers (marketing territorial). L’expérience des systèmes productifs locaux français et des districts industriels italiens est là pour le démontrer.
Il est également reconnu, et les prochains résultats du recensement de 2004 le confirmeront probablement, que l’armature urbaine tunisienne se caractérise par une prolifération de petites villes dynamiques au double plan démographique et fonctionnel. Le nombre de communes est à ce titre passé de 75 en 1975, à 262 aujourd’hui, traduisant la volonté des pouvoirs publics:

  • de mieux encadrer la population sur le plan administratif
  • de diffuser les équipements publics et les rapprocher de la population
  • de favoriser la diffusion des activités économiques.

 

Cette politique a conduit à constater les taux de croissance de la population les plus élevés dans le Grand Tunis (résultat d’une volonté et de pratiques centralisatrices) et dans les petites villes. Le taux d’urbanisation est ainsi passé de 42,5% en 1956, à 62,5% en 1994. Le même déséquilibre constaté entre le Grand Tunis et le reste des villes se retrouve aux échelles régionales entre des villes chefs lieux de gouvernorat et les noyaux qui l’entourent dans le gouvernorat. Les hiatus de l’armature urbaine constituent, d’emblée, un handicap pour une bonne gestion du territoire et un déficit d’encadrement du monde rural. La faiblesse des villes secondaires, à quelques exceptions près, s’explique principalement par l’absence d’attributs particuliers pouvant attirer la population rurale, compte tenu de la faiblesse de ses moyens et des difficultés de déplacement : l’administration de base et le souk existe à l’échelle des petites villes, de même que le centre de santé, les équipements d’éducation, les agences bancaires, les services à la personne (hammam, coiffeur, salles des fêtes, commerces d’habits et de friperie), les services à la maison (menuisier, ferronnier, matériaux de construction...), les services de maintenance des engins agricoles (mécanique, pompistes diesel, carburant ...). Rien n’oblige le paysan de la région d’El Alia d’aller jusqu’à Bizerte alors que toutes ces commodités existent à El Alia même ou à défaut à Ras Jebel, distant de quelques kilomètres.

 

S’agissant de commerces et de services plus rares, bijouteries, vêtements sur mesure pour les cérémonies, pièces auto, services de santé de haut niveau, université ..., le recours à la ville devient nécessaire, quoique épisodique, limité par le faible pouvoir d’achat des populations rurales. Dans ces cas, la ville secondaire demeure un exutoire-relais pour les demandeurs d’emplois issus du monde rural, sans qu’ils leur soit nécessaire de s’y fixer, puisqu’ils ont peu de chances d’y trouver des emplois stables, correspondant à leur faible niveau de qualification.

 

La pratique de la planification, de l’aménagement et de la gestion urbaine en Tunisie conduisent à dresser le constat de deux mondes, l’urbain et le rural, gérés par des secteurs peu enclins à céder une partie de leurs prérogatives :

  • les municipalités, aux pouvoirs étendus sur l’urbain mais limités sur le monde rural
  • les autorités régionales ayant toute prérogative sur le monde rural
  • les autorités centrales relayées à l’échelle régionale en charge le secteur de l’urbanisme utilisant des outils peu conformes aux préoccupations du monde rural
  • Les autorités chargés de l’agriculture cantonnées dans les environs des villes à des rôles défensifs et peu prospectifs.

 

Au plan des relations sociales, le rural dans la ville apparaît comme déplacé ne trouvant pas de structures d’hébergement et de répondant à l’échelle administrative. Le plus souvent, ce sont les réseaux familiaux qui prennent en charge le visiteur ou le migrant d’origine rurale et qui l’aident dans ses démarches. Les quartiers spontanés périurbains représentent l’espace où se déroulent ces relations de solidarité d’autant plus aisément qu’ils sont généralement structurés autour du critère d’appartenance tribale et/ou géographique et que les modes de vie y ressemblent encore à ceux du monde rural.

 

Il est à noter par ailleurs que les interactions entre villes et monde rural dépendent beaucoup du facteur distance. Dans une première couronne autour d’une ville, les relations sont plutôt conflictuelles et l’activité agricole se considère en sursis dans l’attente de la consommation des terres par l’urbanisation. A moins de sécuriser foncièrement les paysans par des mesures énergiques, ceux-ci seront peu enclins à investir temps et argent dans une activité menacée par de multiples prédations : vols, pollutions, empiètements, expropriations, etc. Au-delà de cette couronne, apparaît un territoire totalement lié à la ville pour son marché et ses commodités mais libéré de ses contraintes, notamment grâce au facteur distance. Dans ce périmètre, les synergies jouent à plein et on peut y évoquer sans risque le slogan de la journée mondiale sur l’habitat. Plus loin encore, les relations s’estompent ou fusionnent entre plusieurs villes dont les aires d’influence se juxtaposent. L’exemple le plus clair est à trouver dans l’agglomération de Sfax avec la ville, les Jnens, la Boura et la Ghaba. Sans que cela soit étayé par des recherches très précises, on peut évoquer indicativement pour la Tunisie du Nord et du littoral Centre et Sud des distances respectives de 5, 30 et 60 kilomètres pour les trois couronnes. En Tunisie centrale, ces distances seraient de 5, 50 et 100 kilomètres alors que pour le Sud, il s’agirait plutôt de distances de 10, 100 et 200 kilomètres. Pour chaque couronne, des mesures particulières sont à prendre si l’on veut maximiser les apports respectifs de chaque milieu.

 

Points de réflexion pour une meilleure synergie villes – monde rural en Tunisie.

 

Comme on a pu le constater, le thème de cette journée mondiale de l’habitat, posant les villes comme moteurs du développement rural, se décline en Tunisie en termes d’aménagement du territoire, de planification urbaine, de politique du logement, de politique environnementale et de politique agricole. Prétendre faire évoluer durablement et positivement la situation actuelle relève par conséquent de synergies dans l’action, émanant d’une volonté multisectorielle délibérée et d’arbitrages clairvoyants. Quelques axes de réflexion ressortent de l’exposé préliminaire, nécessitant des approfondissements et des débats avec des chercheurs et des opérateurs de tout horizon.

  1. Donner une base juridique au concept d’agglomération urbaine englobant une ville principale, des villes périphériques et un hinterland rural plus ou moins étendu selon le cas. Ce territoire serait le support de la planification de l’espace à moyen et long terme et regrouperait des entités juridiques ayant des liens privilégiés de solidarité et dans la mise en oeuvre de projets (notion d’intercommunalité). Il donnerait lieu à un affinement de la notion de gouvernance locale qui s’établirait désormais à une double échelle : celle de l’agglomération et celle de la commune.
  2. Envisager que les instances communales puissent avoir des prérogatives plus larges sur le milieu rural environnant. Sans aller jusqu’à proposer la communalisation de l’ensemble du territoire comme cela est le cas dans le gouvernorat de Monastir qui nécessiterait une évaluation approfondie de l’expérience, il s’agit de considérer les populations mitoyennes à la ville au même titre que les citadins, en droits et en devoirs et que le conseil municipal englobe des représentants de cette population. En mettant au point cette mesure, on espère réduire les écarts entre les catégories de population et on sera mieux à même de contrôler les disfonctionnements et les dérapages dans des zones extrêmement vulnérables.
  3. Les études de planification urbaine (SDA et PAU) doivent adopter des périmètres d’études qui englobent largement l’hinterland rural, du moins dans leurs phases de diagnostics : la prise en compte de ce territoire externe à la ville doit permettre d’étudier les relations existantes entre la ville et sa campagne environnante et de proposer des mesures de tous ordres (foncier, spatial, économique, d’infrastructure, de fonctionnement, de gouvernance, etc...) susceptibles de renforcer le rôle de la ville et d’en diminuer les impacts négatifs sur le développement rural. Les équipements seront particulièrement ciblés avec la prise en charge des populations rurales voisines, l’aménagement des espaces d’échanges (souks hebdomadaires, services) et l’organisation des infrastructures et des transports.
  4. Développer la recherche en direction de l’accroissement des densités, de la polyfonctionnalité et de la polysocialité des tissus urbains. Ces trois facteurs conjugués sont, en effet, les prémices à un fonctionnement urbain peu consommateur d’espace et favorisant une grande économie des déplacements. La limitation de l’étalement urbain, la reconquête des espaces publics, la densification des réseaux de transport en commun et l’incitation à l’occupation des espaces vides interstitiels devraient figurer parmi les invariants de l’aménagement urbain en Tunisie.
  5. Relever le défi d’une gestion écologique des ressources naturelles, de l’énergie et des déchets en milieu urbain. L’objectif visé est de prélever le minimum sur les ressources naturelles (eau, sols, air...), de réduire la production de déchets, de limiter la consommation énergétique, d’assurer l’assainissement du milieu et de sauvegarder les espaces naturels, garants d’un équilibre de l’écosystème.
  6. Introduire dans les procédures de la planification urbaine la notion de front prioritaire d’urbanisation. Cette disposition permettra de concentrer sur les zones prioritaires les efforts et investissements pour mieux organiser les urbanisations futures et de geler les développements spontanés sur les autres fronts. A ce titre, les exploitants agricoles périurbains disposeront d’un véritable échéancier de l’avancée de l’urbanisation et pourront ainsi optimiser leurs efforts et leurs investissements dans le temps. Avec ces assurances, les exploitants agricoles seront plus à même de résister à la tentation de vendre leurs terrains avant terme, perdant ainsi des opportunités de récoltes supplémentaires.
  7. Développer des systèmes productifs locaux qui, à l’initiative de promoteurs publics ou privés, organiseraient les synergies mobilisables à l’échelle d’une agglomération, monde rural inclus. L’exemple italien, avec les districts industriels, illustre parfaitement la capacité compétitive d’une région entière autour d’un projet industriel. L’industrie suisse de la montre est née et s’est développée dans les campagnes et dans la montagne ! L’objectifs est de rompre la fatalité fondée sur une image archaïque de la division du travail, et d’aller chercher la productivité, là où elle se trouve. Ceci est d’autant plus réalisable en Tunisie qu’avec les efforts déployés en direction de la scolarisation et de la formation professionnelle, les compétences moyennes sont autant présentes dans le monde rural où elles ne trouvent pas à s’employer mais qui les logent que dans les villes qui ne peuvent les absorber. Un projet de ce type s’articulerait autour d’une entreprise, soutenue par une structure d’animation avec le puissant levier des autorités régionales et étatiques.
  8. Réfléchir sur les interactions de la planification et l’aménagement urbain avec la politique agricole. La maîtrise des flux migratoires, la gestion et la répartition de la ressource en eau, les disponibilités foncières, l’organisation du commerce des produits agricoles, les choix en matière de mise en valeur des sols périurbains, les options concernant l’agriculture en milieu urbain sont autant de facteurs conditionnant le devenir de la ville. Ces facteurs interviennent :
  • à l’échelle de l’aménagement du territoire en termes de répartition des populations et de rééquilibrage de l’armature urbaine
  • et à l’échelle de la planification urbaine en termes de délimitation de la ville, d’organisation des espaces de transition, de structuration des espaces de commerce (commerce de gros, souks, commerces des intrants...)

 

Quelques références bibliographiques

Habib Attia. 1989. Efficacité des politiques d’aménagement du territoire. Séminaire national sur « l’aménagement du territoire et le développement urbain » (Tunis 19-20 Septembre 1989)
Amor Belhedi. 1992. Société espace et développement en Tunisie. Tunis, publications de la faculté des sciences humaines et sociales
Amor Belhedi. 2004. Le système urbain tunisien : analyse démo-fonctionnelle ... in Cybergeo, revue européenne des géographes – N° 258
Jacques Berque. 1958. Médinas, villeneuves et bidonvilles in Les cahiers de Tunisie. N° 21-22. Tunis, Institut des Hautes Etudes
Ahmed Kassab. 1970. Etudes rurales en Tunisie – Publications de l’Université de Tunis
Mario Polese. 1994. Economie urbaine et régionale. Montréal, Edition Economica
Jean Rémy. 1966. La ville : phénomène économique. Bruxelles, Edition Vie ouvrière