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L’étude, lancée par la direction de l'urbanisme au Ministère Tunisien de l'Equipement, de l'Habitat et de l'Aménagement du Territoire et réalisée par URAM,  traite des spécificités architecturales du Nord-Est tunisien. Afin de réaliser le découpage de la région géographique en sous zones architecturales homogènes, une étude des sources de l’architecture de cette région a été réalisée. L’armature urbaine et l’histoire du peuplement et des établissements humains de la région montrent l’ancienneté et la richesse de son architecture. Cette approche a permis de détecter les modes d’intégration de l’architecture dans les divers milieux géographiques ainsi que les grands groupes architecturaux, historiques et typologiques. Trois zones architecturales homogènes ont été dégagées :  

  1. la zone de l’architecture médinale, divisée en trois sous zones à savoir : l’architecture des médinas, l’architecture des villages médinaux péri-urbains et l’architecture des villages andalous.
  2. la zone de l’architecture vernaculaire répartie entre l’architecture berbère et l’architecture rurale.
  3. et enfin l’architecture occidentale divisée en deux sous zones à savoir : l’architecture des villes et l’architecture des fermes.

Le répertoire proprement dit a été présenté sous forme de tableaux structurés à partir du concept de l’intégration de l’homme dans son milieu naturel. Cette intégration est déclinée en trois grandes thématiques : l’intégration urbaine, l’intégration architecturale et enfin l’intégration technique.

Pour chaque sous zone architecturale, le tableau de l’intégration urbaine, présente à l’aide de graphiques et du texte, l’implantation, le tissu urbain, la structure urbaine, la composition urbaine, densification et enfin le système d’organisation du bâti. Le tableau de l’intégration architecturale présente les détails fonctionnels à partir d’une décomposition appropriée de l’habitat et des principaux équipements ainsi que le vocabulaire architectural propre à chaque zone. Pour l’intégration technique, les produits de base utilisés, leur transformation en matériaux de construction ainsi que les techniques de construction et d’utilisation allant de la fondation jusqu’à la décoration sont inventoriés. Cette présentation du répertoire concerne essentiellement la production architecturale ancienne. Elle est suivie par l’étude de l’architecture actuelle en essayant de déceler les facteurs du changement architectural. Elle suit le même schéma d’analyse à savoir l’aspect urbain, l’aspect architectural et l’aspect technique. Cette présentation est suivie par une analyse de la conservation du patrimoine architectural et des recommandations pour la sauvegarde des sites et monuments de la zone d’étude. L’étude est accompagnée de l’exposé d’un exemple d’usage du répertoire à l’échelle d’une agglomération avec des recommandations pour l’intégration architecturale. L’exemple retenu est celui de la ville d’Hammamet. Les annexes comprennent des relevés de l’ensemble des composantes architecturales, la liste des monuments et sites classés et une bibliographie exhaustive. Le travail de documentation et d’analyse des établissements humains et de l’aspect apparent de l’architecture nous a permis de dresser les cartes suivantes pour l’urbanisation : 

  1. une carte de la géographie des établissements ;
  2. une carte de l’origine de la population ;
  3. une carte de l’urbanisation du Nord-Est tunisien.

Pour la partie architecturale, les matériaux et les techniques de construction sont illustrés et étayés par une cartographie :

  1. carte des typologies des constructions anciennes ;
  2. carte des matériaux de construction utilisés ;
  3. carte de la provenance des matériaux de construction.

la typologie à patio domine dans l’architecture des médinas et dans l’architecture andalouse, l’architecture berbère privilégie l’intégration au site collinaire tandis que l’architecture coloniale rompt avec la précédente en proposant des villas et des immeubles. La superposition de ces cartes a permis d’établir le découpage architectural en zones homogènes. Ce découpage n’est pas caractérisé par une continuité géographique mais plutôt par une juxtaposition de tissus urbains et d’expressions architecturales différentes. La première partie de l’étude a permis d’identifier dans le Nord Est Tunisien les zones d’homogénéité architecturale suivantes : 

  • L’architecture médinale ;
  • L’architecture vernaculaire ;
  • L’architecture occidentale.
  • L’architecture médinale se manifeste dans :
  • L'architecture des médinas ;
  • L'architecture des villages médinaux et périurbains ;
  • L'architecture des villages andalous.

 

decoupage en zones à spécificités architecturales homogenes Le découpage architectural de la zone du Nord-Est Tunisien s'est révélé caractérisé par une continuité géographique, présentant une juxtaposition de tissus urbains totalement différents dans une même zone géographique. Ce découpage réparti entre l’architecture médinale, l’architecture occidentale et l’architecture vernaculaire obéit à une continuité civilisationnelle plutôt que géographique. C’est le fruit des diverses influences culturelles que la zone a subies, liées à sa position stratégique au milieu du bassin méditerranéen.
L’architecture médinale privilégie l’implantation proche du littoral avec une préoccupation de défendabilité du site ; les villages médinaux et andalous privilégient quant à eux une implantation à proximité des lieux de production agricole tandis que l’implantation des villages berbères a choisi les crêtes autour du Grand Tunis. L’architecture occidentale a préféré la juxtaposition de son tissu à celui des médinas, à l’exception de Menzel Bourguiba (ex Ferry ville) dont le site a été choisi au fond du lac de Bizerte pour des raisons stratégiques. Sur le plan urbanistique, l’architecture médinale est caractérisée par un tissu organique typique de l’architecture arabo-islamique. L’architecture berbère présente une adaptation à la topographie des collines. On retrouve une organisation urbaine pré établie et plus rationnelle dans le cas de l’architecture andalouse. Le tissu colonial est organisé en damier sous forme d’îlots privilégiant l’architecture verticale au centre ville et les lotissements de villas à la périphérie. Pour le mode d’intégration architecturale, c’est l’architecture des villages médinaux qui a le plus tiré profit du site naturel. Tandis que les médinas ont su intégrer l’évolution du langage architectural des différentes périodes islamiques et des influences diverses, l’architecture occidentale a réalisé au contraire une rupture brutale par rapport à l’architecture pré existante. Pour l’intégration technique, l’architecture médinale a tiré profit des matériaux disponibles mais a su aussi intégrer des matériaux exogènes comme le marbre. L’avènement de l’architecture occidentale a coïncidé historiquement avec les évolutions des matériaux et techniques qui ont caractérisé le 20ème siècle avec l’acier, le béton armé et les grandes innovations techniques.

La leçon principale qu’on peut tirer de l’analyse de l’architecture ancienne est que le tissu urbain demeure le gardien de l’homogénéité et de la permanence alors que l’expression architecturale, les matériaux et les techniques peuvent transgresser les barrières des tissus et des styles. Ainsi, la médina a su intégrer l’innovation et les techniques modernes dans son vocabulaire, alors que l’architecture occidentale, radicalement différente, a exploité l’expression architecturale des médinas durant la période de l’Arabisance. C’est la perte du tissu original qui entraîne la dégradation en tache d’huile et la perte de la spécificité. L’architecture actuelle connaît pour sa part une ambivalence entre l’innovation et les références les plus diverses, alors que les mutations socio-économiques et culturelles ont engendré le délaissement des médinas et le changement du mode d’habiter. La production actuelle, faite d’une juxtaposition de tissus différents, n’arrive pas à produire une nouvelle urbanité, et on constate même une tendance d’uniformisation d’usage des matériaux et du vocabulaire pour l’ensemble du pays et par conséquent la perte des spécificités régionales. La conservation du patrimoine n’arrive pas à définir une stratégie cohérente et efficace malgré l’arsenal juridique et les efforts consentis. Toutefois, un regain d’intérêt est constaté, porté par des opérateurs privés, poussés par les possibilités de valorisation économique du patrimoine induites par l’orientation vers le tourisme culturel. A ce titre, la notion de spécificité architecturale, très difficile à confiner dans une réglementation, devra être considérée à l’avenir comme une valeur patrimoniale à conserver.